La décision d'une vie
Monique Ferrand avait grandi à Paris, avait épousé un homme qui adorait conduire, et n'avait jamais vu d'inconvénient à ce que quelqu'un d'autre s'occupe de cette question. Pendant trente ans, Alain l'avait conduite partout — au bureau, chez les parents, en vacances dans le Luberon. Elle avait trouvé ça pratique. Elle avait tort, mais elle ne le savait pas encore.
Quand Alain et elle avaient divorcé, à cinquante-deux ans, le premier vrai problème pratique était apparu : le trajet du samedi matin au marché. Il y en avait d'autres, mais celui-là était concret et immédiat. Elle avait pris le bus pendant quatre ans. Puis, un dimanche, sa fille Clara lui avait dit : « Maman, tu as cinquante-six ans. Tu peux apprendre à conduire. »
Monique avait trouvé l'argument impeccable. Elle s'était inscrite à l'Auto-École Liberté, dans le XIVe arrondissement, le lundi suivant.
Son moniteur s'appelait Adrien. Il avait vingt-cinq ans, un diplôme de moniteur de conduite depuis six mois, et une confiance en lui que Monique aurait qualifiée d'optimiste.Partie 2
Le premier cours
Adrien avait commencé par les fondamentaux : la position des mains sur le volant, le réglage du siège, les rétroviseurs. Monique avait pris des notes. Adrien avait dit que ce n'était pas nécessaire. Monique avait continué à prendre des notes.
Ils avaient démarré dans une rue calme du XIVe, un mardi matin à dix heures. Monique avait serré le volant à dix heures dix comme on lui avait montré, avait relâché le frein, avait appuyé doucement sur l'accélérateur.
La voiture avait bondi en avant.
— Moins, avait dit Adrien.
— J'ai fait moins.
— Encore moins que moins.
Monique avait regardé l'accélérateur comme si c'était son ennemi personnel. Elle avait réessayé. La voiture avait avancé à une allure que Adrien avait qualifiée de « raisonnable » avec le soulagement de quelqu'un qui avait eu peur.
À la troisième rue, il y avait un carrefour. Adrien avait dit de s'arrêter. Monique avait appuyé sur la pédale du milieu.
— C'est l'embrayage.
— J'ai confondu.
— Ça arrive. Le frein, c'est celui de droite.
— Il y a une logique dans cette disposition ?
Adrien avait mis un moment avant de répondre.
Partie 3Le progrès et le carrefour
La cinquième leçon avait été différente. Quelque chose s'était mis en place — pas la maîtrise, pas encore, mais une forme de dialogue entre Monique et la voiture. Elle avait commencé à sentir l'embrayage plutôt qu'à le chercher avec le pied. Elle avait commencé à lire la rue trois secondes en avance au lieu de réagir en urgence.
Adrien avait dit, après la sixième leçon : « Vous progressez vraiment. »
Monique avait su qu'il était sincère parce qu'il avait l'air surpris en le disant.
La septième leçon avait eu lieu un vendredi matin, sur un trajet qui incluait pour la première fois le boulevard du Montparnasse. Monique avait regardé le boulevard depuis le siège passager pendant des années. Elle ne l'avait jamais regardé de cette façon — comme quelque chose qu'elle allait traverser elle-même, à la force de ses propres décisions.
Elle avait pris le boulevard correctement, avait géré deux feux et un bus, et approchait d'un carrefour avec une priorité à droite qu'elle avait vu venir suffisamment tôt.
Elle avait freiné, laissé passer la camionnette, remis en première, et allait redémarrer quand Adrien avait dit d'une voix très calme :
— Monique. Ne regardez pas sur votre gauche maintenant mais
