L'inscription de septembre
Hélène Vernet avait été comptable pendant trente-deux ans, avait pris sa retraite en juillet, et s'était retrouvée en septembre avec beaucoup de temps et une inquiétude diffuse qu'elle ne savait pas tout à fait nommer. Son médecin lui avait dit de « faire quelque chose avec les mains ». Sa fille lui avait envoyé un lien vers un cours de poterie dans le Marais. Elle avait cliqué sans trop réfléchir.
Le cours avait lieu le mercredi après-midi dans une cave voûtée de la rue de Bretagne. L'atelier s'appelait Terre à Terre, était dirigé par une femme prénommée Corine qui portait toujours une salopette en lin et des lunettes montées sur le front, et accueillait généralement huit ou neuf élèves de tout âge et de tout niveau.
Hélène était arrivée le premier jour avec une idée très précise : elle voulait faire un bol. Pas un bol extraordinaire. Un bol fonctionnel, équilibré, éventuellement utilisable pour les céréales du matin. Elle avait regardé Corine en démonstration, trouvé que ça avait l'air maîtrisable, et s'était assise devant son tour.
La terre ne partage pas cette vision du monde.
Son premier essai avait produit quelque chose qui ressemblait à un cendrier ayant connu un accident de voiture. Son deuxième essai avait été pire — la paroi s'était effondrée dans un sens qu'elle ne comprenait toujours pas. Son troisième essai avait, inexplicablement, produit quelque chose qui ressemblait à un visage.
Partie 2Ce que le visage disait
Ce n'était pas un visage intentionnel. C'était plutôt une accumulation de ratés — un bord relevé ici, une indentation là, une asymétrie générale qui, prise dans sa globalité, évoquait une expression. Hélène l'avait regardé avec un mélange de perplexité et d'embarras. Corine était passée derrière elle, avait regardé, et avait dit quelque chose que Hélène n'avait pas immédiatement compris.
— Hélène, ne touchez plus rien.
— Je sais, c'est raté, je vais recommencer.
— Non, avait dit Corine. Ne. Touchez. Plus. Rien.
Elle avait posé le tour et regardé la pièce depuis plusieurs angles. Puis elle avait appelé les autres élèves. Ils s'étaient rassemblés autour du tour d'Hélène. Il y avait eu un silence.
— C'est Giacometti, avait dit un homme de soixante ans qui s'appelait François et qui venait de finir son deuxième bol sans incident. Pas le style — l'énergie. C'est la même énergie.
Hélène ne savait pas si c'était un compliment.
Partie 3La galerie et la proposition
La pièce avait été cuite, puis cuite une deuxième fois avec un vernis que Corine avait choisi elle-même. Hélène était revenue la semaine suivante pour la récupérer et avait trouvé Corine avec une femme qu'elle ne connaissait pas — une petite quarantaine, veste noire, cheveux coupés court, qui regardait la pièce d'Hélène posée sur le bord de la fenêtre.
— Vous êtes l'auteure ? avait demandé la femme.
— Je suis l'auteure de l'accident, avait dit Hélène.
La femme avait souri. Elle s'appelait Marie-Laure, dirigeait une galerie d'art sur la rue Vieille-du-Temple, et organisait une exposition collective en novembre. Elle tenait la pièce dans les deux mains.
— Cette pièce parle de quelque chose. Je ne sais pas encore quoi exactement. Mais ça parle. Est-ce que vous seriez prête à nous confier
